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Les racines de la
violence
Par Alice Miller, Ph.D.
Traduction de Jeanne Etoré
Depuis quelques années, il est scientifiquement
prouvé que les effets dévastateurs des traumatismes infligés
à l'enfant se répercutent inévitablement sur la société.
Cette vérité concerne chaque individu pris isolément et devrait - si
elle était suffisamment connue - conduire à modifier fondamentalement
notre société, et surtout à nous libérer de l'escalade aveugle de la
violence. Les points suivants voudraient préciser cette thèse:
1. Tout enfant vient au monde pour s'épanouir,
se développer, aimer, exprimer ses besoins et ses sentiments.
2. Pour s'épanouir, l'enfant a besoin du
respect et de la protection des adultes, qui le prennent au sérieux,
I'aiment et I'aident à s'orienter.
3. Lorsque l'enfant est exploité pour
satisfaire les besoins de I'adulte, lorsqu'il est battu, puni, manipulé,
négligé, qu'on abuse de lui et qu'on le trompe, sans que jamais un
témoin n'intervienne, son intégrité subit une blessure
inguérissable.
4. La réaction normale à sa blessure
serait la colère et la douleur. Mais, dans la solitude, l'éxpérience
de la douleur lui serait insupportable, et la colère lui est interdite.
Il n'a d'autre solution que de réprimer ses sentiments, de refouler le
souvenir du traumatisme et d'idéaliser ses agresseurs. Plus tard, il
ne sait plus ce qu'on lui a fait.
5. Ces sentiments de colère,
d'impuissance, de désespoir, de nostalgie, d'angoisse et de douleur,
coupés de leur véritable origine, trouvent malgré tout à s'exprimer
au travers d'actes destructeurs, dirigés contre les autres
(criminalité, génocide) ou contre soi-même (toxicomanie, alcoolisme,
prostitution, troubles psychiques, suicide).
6. Devenu parent, on prend souvent pour
victime ses propres enfants, qui ont une fonction de bouc émissaire: persécution
pleinement légitimée par notre société, où elle jouit même
d'un certain prestige dès lors qu'elle se pare du titre d'éducation.
Le drame, c'est que le père ou la mère maltraite son enfant pour ne
pas ressentir ce que lui ont fait ses propres parents. Les racines de la
future violence sont alors en place.
7. Pour qu'un enfant maltraité ne devienne
ni criminel, ni malade mental, il faut qu'il rencontre au moins une fois
dans sa vie quelqu'un qui sache pertinemment que ce n'est pas lui, mais
son entourage qui est malade. C'est dans cette mesure que la lucidité
ou l'absence de Iucidité de la société peut aider à sauver la
vie ou contribuer à la détruire. Ce sera la responsabilité du
personnel d'assistance sociale, des thérapeutes, des enseignants, des
psychiatres, des médecins, des fonctionnaires, des infirmières.
8. Jusqu'à présent, la société a
soutenu les adultes et accusé les victimes. Elle a été confortée
dans son aveuglement par des théories qui, parfaitement conformes aux théories
de l'éducation de nos arrière-grands-parents, voient en l'enfant
un être sournois, animé de mauvais instincts, fabulateur, qui agresse
ses parents innocents ou les désire sexuellement. La vérité, c'est
que tout enfant a tendance à se sentir lui-même coupable de la
cruauté de ses parents. Les aimant toujours, il les décharge ainsi
de leur responsabilité.
9. Depuis quelques années seulement,
I'application de nouvelles méthodes thérapeutiques a permis de prouver
que les expériences traumatiques de l'enfance, refoulées,
sont inscrites dans l'organisme, et qu'elles se répercutent
inconsciemment sur la vie entière de l'individu. De plus, des
ordinateurs qui ont enregistré les réactions de l'enfant dans le
ventre de sa mère ont révélé que le bébé sent et apprend, dés le
tout début de sa vie, la tendresse aussi bien que la cruauté.
10. Dans cette nouvelle optique, tout
comportement absurde révèle sa logique jusqu'alors cachée, dès
l'instant où les expériences traumatiques de l'enfance ne restent
plus dans l'ombre.
11. Dès que nous serons sensibilisés aux
traumatismes de l'enfance et à leurs effets, un terme sera mis à la
perpétuation de la violence de génération en génération.
12. Les enfants dont l'intégrité n'a pas
été atteinte, qui ont trouvé auprès de leurs parents la protection,
le respect et la sincérité dont ils avaient besoin, seront des
adolescents et des adultes intelligents, sensibles, compréhensifs et
ouverts. Ils aimeront la vie et n'éprouveront pas le besoin de porter
tort aux autres ni à eux-mêmes, encore moins de se suicider. Ils
utiliseront leur force uniquement pour se défendre. lls seront
tout naturellement portés à respecter et à protéger les plus
faibles, et par conséquent leurs propres enfants, parce qu'ils
auront eux-mêmes fait l'expérience de ce respect et de cette
protection, et que c'est ce souvenir-là, et non celui de la
cruauté, qui sera inscrit en eux.
La liste des 12 points a été publiée en:
Alice Miller, For Your Own Good, Farrar, Straus, et Giroux:1985,
et Pictures of a Childhood, Farrar, Straus, et Giroux, 1986 (en
France: Image D'une Enfance, F.D. Aubier).
L'extrait et la publication sont faits avec
permission.
Reproduction d'extrait de cet article est
permise seulement par la permission spéciale écrite d'Alice Miller. www.alice-miller.com
| La presse en a parlé:
«Alice Miller a raison de dénoncer ce
processus de violence. Ce livre aigu et généreux, aux textes
surprenants et tragiques, permet de mieux réfléchir à ce que
fut I'éducation de nos aînés et à ce qu'est aujourd'hul une
véritable violence des conditions de vie des jeunes»
Le Matin
«Un remarquable ouvrage. Une étude
Incisive et décapante»
Préparons L'avenir
«On sort meurtri de ces récits
terribles. Livre bouleversant, frémissant»
L'Ecole des Parents
«Les exemples apportés sont parlants.
Et tout particulièrement, les trois portraits d'enfance
malheureuse qui sont développés dans la seconde partie,
donnent à réfléchir»
Etudes
«Alice Miller a fait un énorme travail
d'investigation dans la petite enfance d'Hitler»
Actuel
«Un grand livre politique, qui nous
concerne tous»
Révolution |
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